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« Que pas une de nos actions ne soit pure de la colère » (Aden Arabie, 1931)

Revue ADEN

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De Cayenne au quai des brumes
* n° 16 de la revue Aden. Paul Nizan et les années trente (mai 2018)   Avant-propos de Fabrice Szabo Philip [ ... ]

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Février 1934 et les écrivains français
* n° 15 de la revue Aden. Paul Nizan et les années trente (novembre 2016)  

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Amour et lutte des classes * n° 14 de la revue Aden. Paul Nizan et les années trente (octobre 2015) *
 

Ent'revues. Le journal des revues culturelles, 4 novembre 2014

Aden n° 13, octobre 2014

« Faire la Révolution ? »

Faire la révolution? La question court d’études, en documents et comptes rendus sur près de 200 pages dans le dernier numéro (13), gansé de rouge, de la revue Aden, Paul Nizan et les années 30. Mais, en ces années 30, quelle serait sa forme parmi les différents courants de la gauche qui la portent et sous la menace de sa captation par une droite non moins radicale? Quelle Révolution depuis qu’à l’est de l’Europe le ciel s’est embrasé ? Puis quand le pacte germano-soviétique laisse aux rêves le goût de cendres? Quand en Espagne, c’est l’espoir, le combat éperdu, puis le deuil ? Pour une large part, le travail de cette livraison consiste à suivre le cheminement de figures intellectuelles, leurs aspirations et leurs doutes, leur engagements comme leurs questions : Simone Weil («chérir et critiquer la Révolution») ; Emmanuel Mounier pour une révolution personnaliste ; l’engagement précoce, la conviction marxiste, le soutien à la république espagnole, les déceptions de la gauche au pouvoir figeront en communisme orthodoxe le philososoviétisme de Valentin Feldmann, philosophe tué par les nazis en 1942. Et ces quatre anarchistes – Pierre Besnard, Nicolas Lazarevitch, André Prudhommeaux et Charles Ridel – qui ne cessent de mettre la pensée de la Révolution au travail, en particulier dans leur revue Révision (prégnance des revues dans ce numéro) : « Il est temps de réviser l’ensemble de nos conceptions sociales et révolutionnaires par une étude fraîche de la réalité d’hier et d’aujourd’hui » ou encore «  Il serait temps de dire ce que l’on pense et de penser ce que l’on dit. Première révolution à accomplir chez les révolutionnaires ». C’était en avril 1938 : déjà bien tard dans le siècle…

Échappée dans le romanesque (Louis Guilloux et Le Jeu de patience) et nombre de textes retrouvés, souvent puisés dans des revues, nourrissent la «révolution permanente» d’Aden : Louis Marty dans les Cahiers du bolchévisme, E. Bauer dans La Lutte des classes, revue théorique mensuelle de la Ligue communisme, Louis Leibrich dans Esprit : « Le mot de révolution ne nous fait pas peur, celui de réformisme ne doit pas nous effrayer davantage, tout chargé de mépris qu’il est. S’il convient d’entretenir en nous un état permanent de nouvelle conscience, ne nous mettons pas à trembler automatiquement dès qu’on on accuse de réformisme. Cette expression, ne recouvre-t-elle que des réalités méprisables ? » Autre point d’interrogation qui ricoche sur celui qui donne son titre au volume. Entre les deux, et depuis le brasier des années 30, un même énoncé, des combats et un espoir : « la possibilité renouvelée d’un avenir meilleur.»

                           Marc Norget 

Consultable sur : http://www.entrevues.org/aufildeslivraisons/faire-revolution-aden-n13/

Le Monde diplomatique, novembre 2014

DANS LES REVUES

ADEN – PAUL NIZAN ET LES ANNÉES TRENTE. Autour du thème «Faire la révolution?», l’analyse des réflexions de Simone Weil et d’Emmanuel Mounier; un retour sur les grèves de juin 1936 en France et celle des mineurs espagnols en octobre 1934; la réception critique d’Aden Arabie.

Cahiers Simone Weil, décembre 2014, pp. 365-367.

ADEN, Paul Nizan et les années 30, « Faire la révolution ? », n° 13, octobre 2014, 316 p.

L’excellente revue Aden, publiée par le Groupe interdisciplinaire d’études nizaniennes, consacre un dossier passionnant à une question que pouvaient se poser « nombre d’intellectuels, d’ouvriers, de militants divers à la fin des années 30 » : Que reste-t-il de notre Révolution ? (Anne Mathieu & Gilles Vergnon, Avant-propos, p. 9). Cette révolution pour laquelle ils avaient œuvré par la plume, par le combat, « cette révolution en laquelle ils avaient cru, par-dessus tout ». Cette révolution, ou plutôt « ces révolutions » corrigent les A. de l’Avant-propos, tant le « terme même fut l’objet de dissensions » et de « mécanisme d’appropriation ». Quelle révolution faire ?

Simone Weil devait évidemment faire partie de ces intellectuels et militants concernés par la question, et elle occupe une place de choix, en ouverture du collectif, grâce à l’étude de Charles Jacquier : « Simone Weil : chérir et critiquer l’idée de révolution » (pp. 13-27). Après une restitution du contexte dans lequel est posé le problème de la révolution entre les deux guerres, Jacquier observe que S. Weil fut « en total décalage avec la doxa qui domine chez les intellectuels de gauche de sa génération » (p. 15). Favorable initialement à une « forme de révolution proche des idées du syndicalisme révolutionnaire d’avant 1914 », elle critique radicalement le régime soviétique et, confrontée aux changements sociaux qui ont suivi la première guerre, elle « aboutit à une remise en cause des idées de révolution et de progrès, sans pour autant se rallier à la marche du monde tel qu’il va » (ibid.). C’est à cette évolution rapide et sensible que l’A. consacre l’essentiel de son article. S. Weil chérit l’idée de révolution, dès son adolescence, mais elle eut très vite des sympathies pour les courants de pensée « révolutionnaires indépendants », comme celui que défendait La Révolution prolétarienne. Aussi Jacquier cherche-t-il à faire comprendre d’abord « ce qu’elle critique avant d’insister sur ce qu’elle prône » (p. 17). Et ce qu’elle critique, c’est toute conception qui reste fascinée par les prestige de l’État soviétique oppressif ; c’est toute conception appuyée sur une « philosophie » comme celle de Lénine et sur une « organisation de propagande aux mains de la bureaucratie d’État russe ». Jacquier rapplle que S. Weil « espérait dans l’action des syndicats et non dans celle des partis politiques » (p. 19) afin – dans les termes mêmes de S. Weil – de rétablir la domination du travailleur sur les conditions de travail, sans détruire la forme collective que le capitalisme a imprimée à la production ». S. Weil, au fond, a d’abord distingué deux conceptions de la révolution : celle des partis communistes et la conception du syndicalisme révolutionnaire ; celle de la révolution comme « triomphe de l’irrationnel » - à la façon de Bataille – et la sienne propre, comme « action méthodique » (p. 21). Ce qui la conduisit à passer d’une opposition entre deux conceptions de la révolution à un « renoncement dans le déchirement », mais un déchirement qui provenait plus d’une situation défavorable que d’un « renoncement à des idées auxquelles elle continuait de croire ». (pp. 22 sq.).

Le lecteur ne manquera pas, pour mieux percevoir le contexte dans lequel vécut et pense S. Weil, de lire les articles consacrés à Mounier, à Lazarevitch et Prudhommeaux, aux grèves de 36…

Dans la rubrique des comptes rendus, Charles Jacquier livre encore un véritable dossier au sujet d’éditions nouvelles d’écrits de S. Weil. D’abord par une recension (pp. 247-248) de l’édition de L’Enracinement publiée dans les Œuvres complètes de S. Weil (Gallimard, 2013) ; puis par un compte rendu groupé de L’Iliade ou le poème de la force (paru aux éd. Rivages et aux éd. de l’éclat, 2013) et de L’Inspiration occitane (éd . de l’éclat, 2013) (pp. 248-249). Suit une recension de La Révolte des Ciompi (un soulèvement prolétarien à Florence au XIVe siècle[1] [paru dans le n° de mars 1934 de La Critique sociale]), CMDE/Smolny, 2013 (p. 249). L’A. donne encore un compte rendu groupé du Cahier de l’Herne (N° 105, 2014) consacré à Simone Weil (cahier « qui fait entrer la philosophe dans le panthéon des auteurs de cette prestigieuse collection »), de l’édition, chez le même éditeur (collection « Carnets »), de Conditions premières d’un travail non servile et de Conversations avec Trotski, ainsi que de la Note sur la suppression générale des partis politiques ; Enfin, Charles Jacquier évoque la réédition en collection de poche (éd. Du Seuil, « Points essais », 2014) de Simone Weil. Le courage de l’impossible, par Christiane Rancé (pp. 249-251).

Simone Weil, « rendue à son milieu intellectuel d’origine », est encore citée par Charles Jacquier (p. 256), dans son compte rendu du livre de Daniel Aïache, La Révolution défaite. Les groupements révolutionnaires parisiens face à la révolution espagnole, paris, éd. Noir & Rouge, 2013.

Il était bien naturel que Charles Jacquier fût encore à l’honneur, au sein de ce très beau numéro de la revue Aden, dans la recension (par F. Szabo) du collectif Radicalité : 20 penseurs vraiment critiques (Montreuil, l’échappée, 2013), dans lequel on peut lire l’article qu’il a consacré à Simone Weil (voir CSW, juin 2014, pp. 176-177)

Robert CHENAVIER

 

 


[1] Voir le CR de cette édition, donné également par Charles Jacquier, dans les CSW de set. 2014, pp. 271-272.